Comment la mobilité servicielle (ou MaaS) peut-elle décarboner nos déplacements ?


Une femme est assise dans un bus

La mobilité au cœur du quotidien et des enjeux climatiques

La mobilité est devenue un sujet central dans les politiques des régions et des collectivités locales françaises, car en plus d’occuper une place primordiale dans le quotidien des Français (181 millions de déplacements par jour en 2019), elle est aussi génératrice d’externalités environnementales qui ont un impact sur le réchauffement climatique et la qualité de l’air. C’est aujourd’hui une donnée connue, le secteur des transports est la première source d’émissions de gaz à effet de serre en France : il représente 30% du total des émissions et la route, elle, représente 95% des émissions des transports. Depuis la crise sanitaire, qui a accéléré le développement du télétravail, et la récente communication du dernier rapport du GIEC de 2022, une décarbonation significative de la mobilité des personnes passe par un report modal des trajets effectués en voiture et par la diminution de l’autosolisme.


Qu’est-ce que la mobilité servicielle ?

Les différentes offres de mobilité ont misé sur les innovations numériques afin de déployer et favoriser leur utilisation. C’est à partir de cette transformation qu’a été développée le concept de MaaS – Mobility as a Service – ou mobilité servicielle, pour éviter les anglicismes. Cette mobilité servicielle se présente sous la forme de services numériques multimodaux. L’objectif étant de faciliter la connaissance et l’utilisation des différentes offres de transport alternative à la voiture en les réunissant sur une seule et même plateforme. Cette plateforme intégrant les différentes données des services de transport permet à l’usager d’avoir une vision complète de l’offre disponible pour son trajet : la localisation, les horaires, les tarifs et même l’achat d’un titre de transport. Sur le long terme, la mobilité servicielle est un levier favorisant l’utilisation de modes de transports moins émetteurs de CO2 et moins polluants que la voiture individuelle et donc un catalyseur pour décarboner la mobilité.


L’intégration au niveau régional de toutes les offres disponibles sur un territoire local n’est pas administrativement et techniquement immédiate mais il est en revanche possible de créer rapidement un référentiel de toutes les offres publiques disponibles et d’y ajouter les offres du secteur privé afin d’être le plus complet possible.


Associer, combiner et intégrer les offres de transport

L'un des enjeux de la mobilité servicielle n’est pas seulement l’intégration des offres de service sur une même plateforme mais aussi l’interopérabilité entre elles. Il devient donc nécessaire de décloisonner les offres afin de les combiner et de proposer le trajet le plus optimal possible. Certaines applications offrent déjà la possibilité de comparer les trajets en fonction du mode utilisé mais elles ne permettent pas de les combiner dans une logique intermodale : l’usager en revient vite à utiliser un mode unique, voire deux dans le cas d’un enchaînement bus-métro. L’enjeu est donc de proposer des trajets combinant les modes de transports dans un double objectif d’optimisation du temps de trajet et des émissions de CO2 et polluants.


Mais la réalité est plus complexe car si les modes de transports peuvent se combiner grâce aux données des différents acteurs et opérateurs, la rémunération de ces derniers rend la manœuvre moins évidente. Des applications existantes dans certaines villes proposent des abonnements pour les transports collectifs et un paiement via la plateforme pour les transports privés comme les taxis. Mais la tarification intégrée d’un tel service de transport reste tout de même difficile à établir. C’est pourtant un facteur clé de succès pour le développement de la mobilité servicielle.


Alors mobilité servicielle, sésame de la décarbonation ?

Nous l’avons compris, la mobilité servicielle a pour but de favoriser le report modal des voyageurs, qu’ils soient quotidiens ou occasionnels, afin de minimiser l’utilisation de la voiture individuelle et par conséquent, les émissions de CO² sur nos routes. La transformation numérique du secteur des transports ainsi que les tentatives d’interopérabilité fait émerger d’autres problématiques en particulier dans les lieux d’habitations les plus isolés. La diffusion de l’habitat à la périphérie met en lumière des zones très peu voire non desservies par les transports en commun ou d’autres modes alternatifs. Il est donc crucial que les collectivités et autorités locales fassent preuve de créativité pour développer une offre de transport alternative à la voiture dans ces zones et territoires peu denses. Pour autant le fait de vivre dans des villes plus denses ne garantit pas une diminution du nombre et de la longueur des déplacements. C’est que révèle en partie l’enquête nationale de 2020 mobilité et modes de vies réalisée par le forum vie mobile. C’est dans les villes de densité moyenne que les temps et les distances de déplacements sont les plus courts donc les émissions de CO² plus faibles. La proximité des différents services et de l’emploi facilite naturellement l’usage de la marche ou l’utilisation de modes doux tels que le vélo. La mobilité servicielle est donc une réelle opportunité dans la stratégie de décarbonation de la mobilité. C'est aussi un véritable levier de prise de décision pour ajuster les politiques de transports grâce à l’accessibilité et à la centralisation des données des usagers pour les pouvoirs publics et autorités organisatrices. Du point de vue de l’usager, elle apporte aussi une meilleure expérience d’usage avec à la clé des gains de temps de déplacement significatifs. Mais attention, pas de mobilité servicielle sans offre de transport ! Il s’agit donc de penser et de développer également une offre accessible et disponible pour tous les territoires et à différentes échelles.